Depuis la mise en œuvre du décret réformant le revenu de solidarité active (RSA), près d’un an s’est écoulé, et les retours des bénéficiaires sont riches en enseignements... et en rires. En effet, la France a décidé de passer à un niveau supérieur : les allocataires doivent non seulement prouver qu’ils sont à la recherche d’un emploi, mais ils doivent également se soumettre à un programme de « valorisation du temps », sous peine de sanctions.

« C'était déjà difficile de joindre les deux bouts, mais là, on me demande de prouver que je fais quelque chose de mes journées », témoigne Jean-Claude, un allocataire de 52 ans. « Je dois maintenant enregistrer mes heures de regardage de séries sur Netflix comme si je faisais du télétravail. » Une nouvelle étude menée par l’Institut de la Promotion du Temps Libéré (IPTL) montre que 67,8% des allocataires passent désormais leur journée à faire des devoirs de motivation pour les postes qu’ils n’ont aucune chance d’obtenir.

« La productivité est au cœur de notre réforme, et demain, nous envisageons d'inclure des cours sur l’art de faire des cafés de spécialité », assure Henriette Durand, responsable de la Commission de l’Optimisation du Temps Libre.

Les départements, quant à eux, appliquent ces nouvelles règles de manière variable. En Bretagne, par exemple, il est désormais obligatoire pour les allocataires de prouver qu’ils peuvent faire des crêpes en moins de 10 minutes. Tandis qu’à Paris, le RSA est lié à l’apprentissage de la jonglerie de macarons. « C'est une manière de donner une valeur ajoutée au RSA », explique Jean-Michel Truffaut, sous-directeur adjoint de la Commission Nationale des Activités Gourmandes.

Pour faire face à ce déferlement de nouvelles exigences, le gouvernement a mis en place un système de points. Chaque heure consacrée à une activité jugée « productive » rapporte des points, tandis que regarder des vidéos de chats sur Internet en retire. « C’est une manière d’encourager l’effort, comme dans un jeu vidéo », précise Pauline Gauthier, directrice de l’École Nationale des Systèmes de Récompense Absurde.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 84,3% des bénéficiaires affirment que ces nouvelles règles les poussent à envisager de créer des entreprises fictives pour justifier leurs heures. « Moi, j'ai lancé une start-up de coaching en motivation sur TikTok », se vante Émilie, 34 ans, qui avoue gagner plus avec ses vidéos que ce qu'elle recevait en RSA auparavant. « Mais je dois justifier chaque minute passée à danser ». Un vrai casse-tête.

Le rapport de l’Institut de l’Impact Social et Économique précise que ce système pourrait également avoir des effets inattendus. Selon leurs estimations, 102% des bénéficiaires pourraient envisager de se reconvertir en humoristes, à condition que leur blague ait reçu une note d’au moins 4 étoiles par des pairs. Un vrai triomphe pour le secteur du divertissement, mais un risque pour les open-mics.

Finalement, le gouvernement espère voir d’ici la fin de l’année que 95% des allocataires soient devenus des entrepreneurs, des influenceurs ou, au minimum, des experts en café à temps plein. D’ailleurs, une nouvelle prime de 200 euros par mois est mise en place pour ceux capables de prouver qu’ils ont vendu au moins 100 tasses de café au cours du mois. Fin du RSA ? Non, transformation totale en barista freelance. Qui aurait cru que le RSA mènerait à un tel paradigme ?

Les bénéficiaires, de leur côté, semblent s'accommoder de ces exigences avec un mélange de résignation et de créativité. Comme le dit si bien François Bertin, professeur de l’absurde à l’Université de l’Incompréhension Administrative: « Si on doit jongler avec des défis absurdes pour toucher un revenu, autant le faire avec humour ». Le gouvernement a donc réussi son pari : il a mis la France au travail, même pour un café.